L’Isère n’est pas le seul département touché par cette crise.
Un rassemblement est prévu à partir de 10h ce mardi 7 juin devant les urgences du centre hospitalier de Grenoble. « Les personnels hospitaliers seront mobilisés pour tirer la sonnette d’alarme et alerter les pouvoirs publics sur la situation catastrophique de notre système de santé », peut-on lire dans un communiqué de la CGT Isère. Alors avant cette mobilisation, Radio ISA a posé trois questions à Damien Bagnis, secrétaire départemental de la CGT santé et action sociale.
Partout en France, de nombreux services d’urgences traversent une crise importante et sont parfois obligés de fermer, faute de médecins en nombre suffisants. Quelle est la situation dans notre département ?
En Isère c’est catastrophique. Les urgences, qui sont la porte d’entrée de l'hôpital, n’arrivent plus à assumer les admissions. Tout d’abord, il manque du personnel dans l’ensemble des hôpitaux. Par exemple, au CHU de Grenoble, il y a également eu des fermetures de lits. Lorsqu’ils accueillent des patients, ils ne peuvent pas donner suite, donc le SAMU déplace les personnes. Mais à Voiron, il n’y a presque plus de médecins urgentistes, donc les urgences ferment. Les patients sont donc transférés dans un premier temps sur le Groupe hospitalier mutualiste de Grenoble (GHM), qui est en train de craquer, et sur la Clinique des Cèdres. Et puis la situation à Bourgoin-Jallieu est aussi tendue. On est vraiment dans une situation où il n’est pas bon de se faire très mal en ce moment en Isère.
C’est ce message que vous voulez faire passer en priorité ce mardi ? Notre santé est-elle réellement en danger ?
Par exemple, on a de plus en plus de jeunes femmes qui accouchent dans leur voiture. C’est questionnant. Maintenant il faut faire 50 kilomètres pour aller accoucher, il n’y a plus de maternités à proximité. Imaginez quelqu’un qui se blesse dans les alentours de Voiron, son pronostic vital est engagé, il doit aller jusqu’à Bourgoin-Jallieu.
Je pense réellement que les citoyens doivent se rendre compte que leur santé est mise en danger, pour plusieurs raisons : l’accès aux soins devient compliqué, il n’y a presque plus de médecine de ville donc il y a des heures d’attente aux urgences… Je pense sincèrement que les citoyens sont en danger de mort.
Concrètement, qu’attendez-vous pour que la situation puisse s’améliorer ?
On attend une vraie reprise de l’organisation de l’hôpital de public par un financement qui soit à la mesure des besoins. Il faut environ 10 à 15 milliards d’euros par an pour remettre l’hôpital public sur pied. Alors cela paraît énorme pour tout le monde, mais il faut comparer cette somme avec ce qui est comparable. On n’arrête pas de nous dire qu’il n’y a pas d’argent, pas de moyen, mais pendant la pandémie l’argent a coulé à flots pour les entreprises privées, mêmes celles qui n’en avaient pas besoin.
On demande aussi la suppression de la tarification à l’acte (T2A), parce que cela oblige les hôpitaux à se mettre en concurrence. Et surtout, on demande l’augmentation du point d’indice pour l’ensemble des personnels de santé, du sanitaire, du médico-social, de l’action sociale, d’au moins 10%. Aujourd’hui, certains sont à peine au SMIC. On est devenu des travailleurs pauvres.
Début de ce rassemblement à partir de 10h devant les urgences du centre hospitalier de Grenoble (Tramway B/Arrêt Hôpital Michallon). A noter que la rédaction a souhaité s'entretenir avec la direction CHU Grenoble-Alpes, mais elle nous a indiqué qu'elle n'était « pas en mesure de répondre sur ce sujet pour l’instant ».
Par Baptiste Berthelin