Bernard Tapie est mort à 78 ans

Il souffrait d’un cancer de l’estomac depuis 2017.

Il était l’une des personnalités publiques les plus touche-à-tout de l’histoire française récente.  Homme d’affaire, député, président de club ou encore acteur, on vient d’apprendre le décès de Bernard Tapie.

C’était l’une des plus belles success story à la française marquée de nombreux déboires judicaires. Fils d’un ouvrier et d’une aide-soignante, Bernard Tapie a réussi à se hisser au plus haut niveau de la vie publique française au cours de sa vie. Tout d’abord en tant qu’homme d’affaires, il démarre réellement sa vie professionnelle à la fin des années 70 en se spécialisant dans la reprise d’entreprises à la dérive pour tenter de les redresser avec des sociétés comme Manufrance, mais aussi dans les années 80 Testut, La Vie Claire ou encore Wonder.

Au début des années 90, il fait partie des vingt plus grandes fortunes françaises. C’est à ce moment-là que se présente « l’affaire de sa vie » selon ses propres mots. En 1991, il rachète l’équipementier sportif Adidas, totalement passé de mode et au bord de la faillite. Dès 1993, l’entreprise redevient rentable, au prix d’un plan de restructuration et la délocalisation d’une partie de la production en Asie.

Réussite dans le monde du sport

Cette réussite dans les affaires qui lui permettra de rentrer tout d’abord dans le cyclisme. Il commence en 1984 en fondant l’équipe « La Vie Claire », crée autour de Bernard Hinault. Une formation avec laquelle il remportera son troisième Tour d’Italie et son cinquième et dernier Tour de France.

C’est réellement à partir de 1986 que Bernard Tapie devient une personnalité publique de premier plan. A ce moment-là, l’Olympique de Marseille, ancienne gloire du football français, est en grosse difficulté financière et sportive. Il décide alors de racheter le club de football pour un franc symbolique et en prend la direction.

Au fil des années, le club engage des jeunes espoirs français parmi lesquels Jean-Pierre-Papin, Didier Deschamps, Eric Cantona, Basile Boli ou encore Marcel Desailly, qui deviendront des figures emblématiques de l’OM.

Avec également le recrutement de stars comme Chris Waddle ou encore Dragan Stoklovic, Marseille revient sur le devant de la scène du foot français. L’OM remporte ainsi quatre titres de Champion de France consécutifs de 1989 à 1992 avant la consécration avec la victoire en Ligue des Champions en 1993 face au Milan AC. Encore à ce jour, Marseille est le seul club français à avoir remporté la compétition européenne.

Engagement politique

Fort de sa réussite dans les affaires, et juste après son arrivée à Marseille, Bernard Tapie s’est également lancé dans les affaires. Après une rencontre avec le Président François Mitterrand en 1987, il décide de se présenter aux législatives des Bouches-du-Rhône en 1988 avec l’étiquette de la majorité présidentielle. Une élection qu’il remportera finalement en 1989 après que le premier scrutin ait été annulé par le Conseil Constitutionnel.

Son premier fait d’arme politique au niveau national, il le réalise à la télévision en direct sur TF1. En septembre 1989, le désormais député marque les esprits lors d’un débat face à Jean-Marie Le Pen. Son verbe et son franc-parler explose alors aux yeux du grand public.

 

Lors du remaniement de 1992, Bernard Tapie se voit offrir le poste de ministre de la Ville sous le gouvernement Bérégovoy. Il devient la « vedette » de ce gouvernement aux côté de Bernard Kouchner, une autre personnalité publique forte. Malgré tout, Bernard Tapie ne restera pas longtemps au ministère, mis en examen la même année pour une affaire de bien sociaux il quitte le gouvernement avant de le réintégrer à la fin de l’année après avoir obtenu un non-lieu. Mais dès mars 1993, la gauche est balayée aux législatives et c’est le gouvernement d’Edouard Balladur qui remplace celui de Pierre Bérégovoy.

S’il s’éloigne un temps de la politique – après notamment une peine d’inéligibilité de trois ans – il appelle à voter contre Jean-Marie Le Pen au second de l’élection présidentielle de 2002. En 2007, il se dit d’abord favorable à la candidature de Dominique Strauss-Khan, avant l’explosion de l’affaire du Sofitel de New-York. Finalement, il décide de soutenir Nicolas Sarkozy.

Une carrière également marquée par les affaires judiciaires

Mais si Bernard Tapie défraie la chronique, c’est aussi pour ses déboires judiciaires. En 1992, alors qu’il devient ministre, il décide de mettre en vente Adidas par le Credit Lyonnais.  Une vente qui se soldera par un long marathon judiciaire entre les deux parties, Bernard Tapie affirmant que le Crédit Lyonnais a vendu la marque d’équipementier sportifs à ses proposes société off-shore pour récupérer l’essentiel de la plus-value de la vente. Un procès qui passera à partir de 2007 devant un tribunal arbitral. Ce même arbitrage qui sera ensuite vivement contesté par Bernard Tapie.

Au-delà de cette affaire, Bernard Tapie aura également été au centre de nombreuses autres affaires judiciaires. Il a d’ailleurs été condamné pour « faux, usage et recel de faux, abus de confiance et de bien sociaux » dans l’affaire de comptes de l’OM,  et à de la prison avec sursis dans l’affaire Testut pour « abus de biens sociaux ».

L’homme d’affaires sera même condamné à de la prison ferme, notamment dans l’affaire VA-OM, un vaste scandale de corruption dans le monde du football français. Il purgera finalement sa peine durant un peu plus de 5 mois en 1997 avant de bénéficier d’une libération conditionnelle. Il écope également dans cette affaire d’une peine d’inéligibilité pendant trois ans.

Une personnalité médiatique

A sa sortie de prison, alors qu’il lui est impossible de se relancer dans la politique et d’avoir une fonction dans le football, il tente de se relancer au cinéma. En 1996, il tient le rôle principal du film de Claude Lelouch « Hommes, femmes : mode d’emploi » aux côté de Fabrice Luchini.

En 1998, il se remet même à la chanson avec un duo avec le rappeur Doc Gynéco, nommé « C’est beau la vie ». En 1985 déjà il avait connaître ses talents de chanteurs à la France entière avec les titre « Réussir sa vie » et « Je t’interdis » en collaboration avec Didier Barbelivien ou encore sa reprise du « Blues du businessman ».

 

Il continue ensuite sa carrière au théâtre à Paris durant les années 2000 avant de revenir aux affaires au début des années 2000. Il deviendra notamment en 2012 actionnaire à 50% du groupe Hersant Média où il s’implique dans la restructuration de La Provence.

Bernard Tapie s’est éteint ce dimanche 3 octobre à 78 ans, des suites d’un cancer de l’estomac. Une maladie qu’il avait rendu public en 2017. L'homme a fait part de son souhait d'être inhumé à Marseille

Par Thomas Bantchik